Echange de courrier entre F. Roussel
et des étudiants de HEC sur le « face à face »,
à l’attention des valeureux candidats
Je crois que ces indications vous seront utiles, elles montrent une certaine diversité, mais convergent sur le sens général de cette épreuve qui reste stable malgré les petites évolutions d’année en année (y compris sur les énoncés de sujets qui semblent marquer un recul de la « fantaisie » et de l’humour )
Mais vous n’aurez peut-être pas envie de vous laisser aller à cela lors de cette épreuve, ce qui n’est pourtant pas interdit ni même inefficace pour affronter certaines situations ou sujets …
1) De francois roussel f.roussel@noos.fr
Matthieu,
merci de votre réponse ; Othman m'a envoyé par ailleurs plusieurs documents, dont une présentation de l'épreuve par un ancien candidat qui recoupe largement les infos que j'ai déjà eu l'occasion de synthétiser, mais me laisse perplexe sur qq points. J'aimerais également votre avis, sans abuser de votre temps, en fonction de votre propre expérience :
- le débat qui suit le 1er exposé doit-il vraiment chercher l'accord entre les 2 interlocuteurs ? J'ai plutôt tendance à dire aux candidats que chacun doit chercher à convaincre l'autre sans l'écraser, ce qui implique une stratégie argumentative différente de celle de la recherche du "consensus".
- le jury est-il si peu amène dans ses questions ou remarques ? faut-il s'attendre à un accueil rébarbatif et s'y préparer stoïquement ?
- les observateurs doivent-ils noter à tout prix ? Leur donne -t-on des indications sur les critères retenus pour cette notation ?
ne vous sentez pas tenu de me répondre à tout prix
merci encore à vous
François Roussel
2) Réponse de Matthieu
En ce qui concerne le ton du débat qui suit le premier exposé, je crois qu'il est souhaitable d'être "incisif": il faut chercher à ce que le candidat adverse adopte votre position.
Je ne pense pas que la recherche du consensus soit souhaitable, dans la mesure où il implique un affaiblissement de la position que l'on défend. Des concessions peuvent être faites, afin de ne pas bloquer maladroitement la conversation, mais ceci ne doit pas se faire au prix de l'abandon de la thèse que l'on soutient. le jury cherche d'ailleurs à voir si l'on arrive à être constant lors de la conversation, et à ne passe laisser influencer par les arguments de l'autre candidat.
En résumé, et quitte à me répéter, la conversation ne doit pas mener au consensus. C'est au contraire la partie de l'entretien où sont développés de NOUVEAUX arguments qui permettent d'étayer les thèses annoncées par les deux candidats. La volonté d'arriver à un consensus dans le but unique de ne pas voir le débat se figer (cas où les deux candidats campent sur leurs positions sans apporter d'idées nouvelles) n'a pas lieu d'être.
En ce qui concerne le jury, je crois qu'il est vraiment souhaitable d'être sur ses gardes. Ils cherchent tout simplement à faire dire à l'observateur le contraire de ce qu'il pense : encore une fois, l'objectif est de tester la constance du candidat, ce qui en soit ne paraît pas méchant, mais s'avère en fait déstabilisant.
En outre, le jury est assez froid et cynique (du moins celui avec lequel je suis passé): ses membres ne disent pas bonjour, coupent la parole au bout des 4 minutes sans avertissement, posent des questions courtes :"une note pour chaque candidat", "un adjectif pour décrire le répondant X"... ils attendent des réponses courtes, précises et rapides, qu'ils ne demandent d'ailleurs pas de justifier. A ce sujet, il est vraiment indispensable que l'observateur ait prévu pour les personnes qu'il va évaluer: une note, un adjectif et un portrait chinois (cela arrive en effet assez souvent)
j'espère que le portrait du jury ne fera pas peur aux admissibles. j'ai eu certains membres des jurys en cours de droit , et ce sont des personnes habituées à jouer des personnages (en l'occurrence ici: le méchant) ; l'objectif est donc durant cette épreuve: être sûr de soi et de ce que l'on dit, aussi bien par rapport aux jury qu'aux autres candidats.
si vous désirez d'autres informations, n'hésitez pas à me répondre; cela ne me dérange en aucun cas.
Cordialement,
Matthieu Meunier
3) réponse d’Othman
Monsieur
Comme je vous l'ai déjà dit, ce texte (cf. document ci-dessous) est très subjectif et seul son auteur en est responsable.
Cependant il est vrai que les personnes qui ont eu les meilleures notes lors des épreuves de l'année dernière sont celles qui ont participé à un débat qui "avançait", cad où les interlocuteurs n'étaient pas campés dans leur position et essayaient de faire des concessions.
Personnellement, je pense que mis à part les candidats brillants qui sont en mesure de construire une argumentation "béton", la stratégie la plus prudente pour le candidat "normal" est de concéder des points et d'arriver à un arrangement; mais ceci ne doit pas se faire coûte que coûte mais bien "naturellement".
Par ailleurs, les observateurs doivent en effet obligatoirement noter et ne reçoivent aucune indication concernant les critères de selection.
Pour ce qui est des jurys, cela est très contrasté: le mien était relativement agréable alors que d'autres étaient insupportables; là le facteur chance est déterminant.
J'espère avoir été assez clair et pouvoir faire profiter les carnotins de mon expérience
Cordialement
Othman
Voici comment se passent « en vrai » les face-à-face à HEC
L’épreuve se fait en une matinée ou une après-midi. Chaque candidat joue successivement les rôles de répondant, de convaincant et d’observateur dans un ordre indifférent. On ne peut pas se retrouver face aux mêmes personnes pendant chacune des 3 parties de l’épreuve, ce qui induit une logistique compliquée, beaucoup d’attente entre les fois où l’on passe et la salle de retransmission, histoire de se décontracter en regardant les autres candidats…
Voilà comment se déroule l’épreuve pour chaque rôle :
20 minutes avant le début de l’épreuve, on lui donne son sujet. Il est le seul à le connaître et planche dessus pendant 20 minutes dans une salle prévue à cet effet. Il rentre après avec les autres candidats dans la salle. Il présente au jury son sujet et entame une prise de position structurée pendant 4 minutes.
Il découvre le sujet au moment de l’exposé du convaincant. Doit écouter et prendre des notes sur la thèse du convaincant et embrayer directement après sur une anti-thèse ou alors reprendre sa thèse en lui apportant des éclairages nouveaux. Cela dure à peu près une à deux minutes, puis s’ensuit un dialogue appelé « négociation » qui doit aboutir à un accord commun entre les deux participants.
L’observateur joue en fait le rôle de jury. Il y a 2 ou 3 observateurs qui observent successivement 2 débats. Ils ne participent aucunement aux étapes décrites ci-dessus, prennent des notes sur le fond et la forme de ce qu’ils voient. Ensuite ils ont un quart d’heure pour mettre en forme leurs notes et passent ensuite un par un devant les jurys. Chacun doit alors noter les 4 participants qu’il a vus, en fonction de leur habileté à l’oral, de l’intérêt et de la percussion de ce qu’ils ont dit, de la qualité du débat,etc. Cela dure 5 minutes en théorie mais peut varier en moins si le candidat se montre peut bavard.
Le Jury participe très peu au face-à-face. Il reste silencieux pendant l’exposé du convaincant, et du débat avec le répondant qui s’en suit. Il ne participe qu’au cas où l’un des deux reste tout à fait silencieux, ce qui est heureusement très rare. Par contre il pose quelques questions précises à l’observateur, généralement très pragmatiques, du genre « Quel débat était le meilleur, justifier votre note », « Pensez-vous qu’il ne mérite pas cinq points de moins ? ».
Le Jury n’est pas franchement jovial mais se veut neutre et précis.
Sujets et Conseils
Les sujets sont incroyablement variables, ils peuvent être assez scolaires, très orientés business ou au contraire être complètement farfelus. Cela dépend des jurys qui se cantonnent généralement à l’un de ces 3 styles. En voilà quelques exemples :
-Sur un marché, les capitaux sont plus importants que les idées.
-Faut-il faire coter en bourse les clubs de foot ?
-L’opportunisme est-il condamnable ?
- Pour ou contre la privatisation de la Poste ?
-Faut-il copier ou innover ?
-La médecine sur Internet : un danger pour les médecins ?
-La montée du prix du pétrole est-elle profitable pour l’Etat ?
- Faut-il être cynique/honnête pour réussir en affaires ?
-Avant réussir, c’était devenir prêtre, banquier ou policier, est-ce encore vrai ?
-La génération des enfants du web et celle des quinquas soixante-huitards accrochés au pouvoir vont-elle s’affronter ?
- Blonde ou brune ?
- L’entreprise citoyenne est-elle une utopie ?
Cette dernière partie est complètement subjective et n’engage que moi.
- Il vaut mieux voir le jury qu’on a avant de passer (la veille ou le matin suivant quand on passe). Il pose souvent les mêmes questions aux observateurs qui sont de précieuses indications.
-Il faut garder une attitude positive, ne pas hésiter à prendre du recul par rapport à l’épreuve, beaucoup trop de candidats viennent avec des œillères et paniquent à la moindre remarque ou question du jury. De même certains restent totalement amorphes pendant l’épreuve et d’autres sont à la limite de la crise de nerf.
-Il ne faut pas hésiter à juger sur la forme qui est plus importante que le fond, trop de candidats proposent leur propre plan et étalent leur connaissance sans juger les candidats, ce qui n’apporte rien.
-Les notes extrêmes sont très appréciées du Jury. Si l’écart type des notes mises par l’observateur est de 2 et que les candidats n’ont pas fait la même prestation, le jury le fait invariablement remarquer (« Pourquoi lui mettre 15 s’il a été très bon ?», « Avec tout ce que vous lui faites comme critiques négatives, comment se fait-il qu’il ait 7, pourquoi pas 2 ? »
-Le bon sens est capital. La encore on voit quelques fois des aberrations dans les notes des candidats. L’exemple type est un candidat qui met 18 a un convaincant qui a été mordant et l’autre qui lui met 3 car il a été un peu trop mordant. Il faut savoir être raisonnable et pragmatique. On n’attend pas un grand discours rhétorique mais de voir les capacités « pratiques » d’évaluation et d’analyse en observation.
L’organisation des salles se fait comme sur le schéma ci-dessus :
Elle est grande (c’est un amphi de 50 personnes environ). Ce qui est très particulier est la distance entre le Jury et les candidats qui est très intimidante.
Il en va de même pour la présence de caméra et de micros. En effet, le jury ne s’exprime pas directement, il parle dans un micro, non pas que les candidats n’entendent pas ce que disent les membres, mais il faut qu’ils soient enregistrés pour la retransmission en direct. Les candidats ont aussi un micro plat devant eux. Tout cela théâtralise beaucoup le face-à-face.
La salle de préparation est comme toutes les salles de préparations de toutes les épreuves. Elle est à proximité immédiate de la salle d’examen et est surveillée. Plusieurs candidats préparent en même temps.
C’est une salle où on trouve en moyenne une vingtaine de personnes, principalement des première années venues voir comment ça se passe, des hordes d’admissibles des prépas parisiennes, quelques adultes (profs et curieux de tout poil). On y passe un bonne partie de la matinée.
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