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Allocution du proviseur prononcée lors de l'inauguration Officielle de l'Exposition du centenaire du lycée Carnot, le samedi 25 mars 1995. par Bernard Majou, proviseur |
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J'aurais pu, à un moment de notre histoire ou l'avenir des jeunes doit plus que jamais être notre préoccupation première, inviter les élèves de Carnot à s'inspirer des exemples de leurs prédécesseurs. J'aurai pu aussi, et peut-être surtout, feuilleter les pages d'un album ou figurent nombres d'illustres anciens, professeurs et élèves. Je n'aurai pas manqué, alors, de mettre en premier rang tous les"Carnotins", souvent très jeune, qui au cours du siècle ont fait héroïquement le sacrifice de leur vie pour que vive la République. Que leurs parents et leurs amis soient bien convaincus que leur souvenir nous habite. Mais, s'agissant précisément de la République, l'idée s'est très vite imposée à moi que, le parrainage de notre lycée étant celui que vous savez, alors que cent ans après l'assassinat du Président Sadi Carnot la France se prépare à élire un nouveau Président de la République, alors qu'en ce jour de célébration du Centenaire les descendants directs de Lazare, Hippolyte et Sadi Carnot nous font le grand honneur, et le grand plaisir, de leur présence, je devais consacrer mon allocution à la République et aux valeurs républicaines. Diriger un lycée centenaire dont les parrains ont illustré le siècle qui a fondé la République m'imposait, particulièrement en 1995, à l'orée du troisième millénaire, de dire à mes élèves que la République est une grande dame et que les valeurs républicaines, que l'on retrouve affirmées dans toutes les constitutions depuis la Révolution, sont des valeurs vraies auxquelles ils peuvent, ils doivent même, croire, et qu'ils ont le devoir de faire revivre chaque fois qu'il en ont besoin, parce qu'il sont l'avenir de la Nation. Les valeurs républicaines, et avant tout la morale, la morale laïque que l'on apprenait chaque jour à l'école, qui excluait du comportement du citoyen toutes les tricheries, qui enseignait l'effort, l'amour du travail. La morale qu'il faut restaurer parce qu'elle fonde les autres valeurs de la République et d'abord la liberté, qui donne des droits mais impose aussi des devoirs, la liberté qui connaît son plus haut degré de perfection dans le respect des autres, ainsi que dans le respect des institutions et de l'Etat, la liberté qui ne peut vraiment s'exercer sans le principe de responsabilité. La liberté qui est la même pour tous, les hommes naissent libres et égaux en droit, et donc en devoirs. Cette égalité, inscrite dans la Constitution de la République, ne doit pas être confondue avec l'égalitarisme. L'égalité des droits, l'égalité des chances sont fondamentales, mais on ne doit pas oublier le mérite individuel, on ne doit pas oublier l'élitisme républicain qui nous ramène à cent ans en arrière, à la rencontre de Jules Ferry. Tout n'est pas dû à tous sans effort, et le grand mérite, le grand honneur, de l'école républicaine aura été de permettre, naguère encore, à chaque enfant de France, d'exprimer toutes ses possibilités. Et ce doit être, aujourd'hui, le premier devoir de l'Etat de continuer à le permettre. Si l'on veut bien admettre que les valeurs républicaines sont ce qui fonde une grande nation, on ne saurait oublier ce qui lie entre eux les citoyens : la fraternité, la générosité, la solidarité. Sans elles, il n'y a que l'égoïsme, et, par conséquent, plus d'égalité, plus de véritable liberté, et par-dessus tout, plus de justice. La justice sans doute la plus fragile des valeurs républicaines, et pourtant celle à laquelle nous sommes le plus attachés. La justice qui permet à chacun d'espérer être reconnu dans ses droits, surtout s'il n'a jamais failli à ses devoirs. La justice qui, même humaine, est un droit pour tous, un espoir pour chacun, et couronnera l'édifice des valeurs républicaines. Je terminerai en citant le grand écrivain français Eugène Ionesco qui, dans une "Adresse aux hommes ( et aux femmes) encore jeunes " prononcée à l'Académie Française en 1979, disait ceci : "Je me suis laissé dire que le Ministre de l'Education Nationale a déclaré qu'il n'y a pas d'éducation sans morale, sans acception de l'autorité, sans respect des autres et de soi-même, tandis que de son côté le Secrétaire Général du plus important Syndicat d'enseignants a condamné le laxisme et exalté le sens de l'effort et de la responsabilité". (Centenaire Mars 1995)
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